Faire son deuil, 4 ans plus tard.

On avait 12 ans quand on s’est rencontré. On habitait sur la même rue. J’avais d’abord eu un kick sur lui. Dans ce temps là, j’avais un nouveau kick à la seconde. Plus ça allait, plus on passait du temps ensemble, avec d’autres amis qui habitaient notre petit quartier. Au fil du temps, il est devenu un ami. Un bon ami. Puis un meilleur ami. On répétait sans cesse qu’il était comme un meuble de la maison. Après tant d’années, il était juste là, assis dans un coin de ma chambre pendant que je me préparais, juste là, dans le cadrage de porte de la salle de bain, alors que j’avais la face pleine de pâte à dents. On allait à l’école ensemble, nos cases étaient collées, on était ensemble dans le bus et même dans le cours de FPS, alors qu’on préférait projeter faire le tour de la californie à 21 ans, plutôt que d’écouter la prof en avant. Il était de mon quotidien depuis tant d’années, puis à un certain moment, ça a un peu changé. On a eu nos premières voitures, notre entourage a changé, il était en couple, la petite routine quoi.

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On avait plus beaucoup de temps pour se voir, mais quand on se voyait, on prenait le temps de se parler, de prendre des nouvelles. On efface pas quelqu’un qui fut partie de notre adolescence, vite comme ça. Puis un soir, dans un bar, un autre ami d’enfance m’a accroché. M’apprenant une grave nouvelle. Quelque chose de pas nice. Quelque chose qui te jette à terre. Notre ami était malade. Une tumeur, un cancer quelconque. Quelque chose de pas doux, quelque chose de laitte, quelque chose qui fait mal.

Le temps a passé. J’essayais de prendre des nouvelles, mais j’avais comme impression qu’il s’était refermé. Qu’il voyait seulement son cercle d’ami le plus proche. Les bons vieux chums de gars, qui étaient restés les mêmes depuis plus de 10 ans. J’avais plus ma place, j’en étais triste, mais c’était tout de même sa décision. J’ai essayé d’appeler, pleins de fois, sans réponse. J’avais entendu dire qu’il ne voulait pas que les gens ai pitié de lui. Parfois je le croisais, puis ça me fesait d’la peine. Tu peux pas voir quelqu’un avec qui t’as grandi, changer comme ça, être amoché par la maladie, sans que ça te fasse quoi que ce soit.

Quelques temps ont passé, puis son état s’est aggravé, au courant de l’été 2012. Une amie commune me donnait des nouvelles, m’avait même invité à l’hôpital pour le voir. J’ai jamais été capable. À quoi bon j’aurais eu ma place là-bas, alors que pendant sa bataille, j’avais été loin. Puis, on m’a dit le 12 au soir qu’il ne s’agissait plus que d’une question d’heure. J’ai pris mon téléphone, et j’ai envoyé un petit texte, disant simplement que je l’aimais beaucoup, et que je devais absolument lui dire que ça n’avait jamais changé avec les années. Le texte a jamais eu de réponse, il est décédé dans l’heure qui a suivi.

J’me rappelle exactement comment je me suis sentie. Mes jambes m’ont lâché, j’suis tombé et j’ai pleuré. Pleuré fort. Je comprenais pas, même si je savais que ça s’en venait. À 20 ans, se retrouver parmi tous tes copains d’enfances, les gens avec qui t’as grandi, à l’église, pour dire au revoir à un ami, c’est pénible. C’est lourd, c’est gris, c’est triste. J’me rappellerai toujours de cette journée là. Au salon, il y avait plusieurs collages photos. Je n’apparaissais sur aucuns d’entre-eux. Comme si, le temps avait effacé notre amitié, et que celle-ci ne méritait pas la moindre miette d’être mentionnée. Ça, ça s’explique pas. J’étais tellement triste, et tellement blessée à la fois.

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En 4 ans, j’ai changé 3 fois de cellulaire. À tous les coups, je priais les techniciens de chez Telus, de faire de leur possible pour transférer tous mes messages. Surtout le dernier message texte que j’avais pu lui envoyer. Depuis la nuit du 13 août 2012, je conservais ce message là, juste pour pas oublier, pour me souvenir. Puis tout dernièrement, j’ai changé mon téléphone pour une 4e fois. Et cette fois-ci, j’ai décidé de tirer la plug. J’ai passé à autre chose. Je me suis dis que cela valait mieux, de laisser ce message partir.  Sans nécessairement passer à autre chose, j’ai simplement accepté ce qui s’était passé.

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Hier soir, lors d’un souper d’amies, l’une d’elles m’a dit qu’elle avait quelque chose à me raconter. Une petite histoire, comme ça, liée à son stage en travail social. Elle m’a dit que sa superviseure de stage lui avait offert le dossier d’un patient avec une maladie x. Elle était pas certaine de savoir ce que ça impliquait, elle a donc posée quelques questions, afin de se renseigner. Sa superviseure lui a donc parlé d’un patient qu’elle avait eu, un jeune homme souriant, fort de caractère, aimable, positif. Un jeune homme qui lui parlait souvent de son entourage, de sa famille et d’une amie en particulier. Une amie avec qui, il a passé du bon temps durant son adolescence. Quand mon amie me racontait l’histoire, j’avais des frissons. Comme si, au plus profond de moi, je savais déjà de qui on parlait. Puis elle m’a regardé et elle m’a dit, c’est lui et c’est de toi qu’il parlait. Les deux yeux trempés de grosses larmes, j’ai bafoué que c’était impossible. Et pourtant, la dame avait nommé mon nom alors que pour elle, j’étais une inconnue.

Faut croire que ça, c’est mon signe à moi. Que j’avais le droit de le laisser partir, après ces années là. Comme quoi, c’est bien mieux qu’un bout d’image sur un collage photo.

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