J’suis partie seule.

J’avais lancé l’idée de partir en Gaspésie, à quelques une de mes amies. Celles-ci étaient partantes. Quelques jours de congé, du camping en nature, le bord de la mer et des paysages qui nous ferait voir autre chose que notre quotidien. Ayant une amie habitant Gaspé même, j’me suis dis qu’il serait chouette de retourner à cet endroit et d’en voir plus avec les yeux de quelqu’un qui y demeure depuis un moment. J’dois vous dire que du plus loin que je me souvienne, la Gaspésie a toujours été notre destination des vacances familiales, jusqu’à mes 16 ans.  À ct’âge là, j’avais préféré rester à la maison et faire des fêtes secrètes alors que les parents m’avait dit, pas de party! Oh you, so rebel! Ceci étant dit, j’avais hâte de retrouver ces paysages si familiers et l’air salin super libérateur.

À une semaine de la date du départ, les amies m’ont mentionné ne plus pouvoir partir à l’aventure. Des empêchements familiaux et au boulot, des trucs très comprenables tsé. C’est à ce moment là, que j’me suis dis, pourquoi ne pas simplement y aller seule. En repensant au long trajet, j’avoue avoir eu la chienne. Est-ce que j’étais réellement capable de conduire seule, sur un trajet de 11 heures ? Est-ce que j’allais trouver le temps long ? Est-ce que c’était réellement une bonne idée ou j’devais simplement m’en tenir à rester dans le coin et prendre un peu de temps pour moi ? Puis là, j’ai pris la décision de partir. J’ai réalisé qu’attendre après les autres, ne me ferait jamais réellement avancer. Si cette petite dose d’évasion était ce que je désirais, celle-ci serait le plan. Point final.

Dimanche matin, 4:45 AM. C’est un départ. Je load ma bagnole de mon sac de sport, de chandails chauds, de souliers de rechange, d’une bouteille d’eau froide, et je quitte le domicile, grilled-cheese à la main. Il fait noir, j’me demande encore si c’est une bonne idée, mais j’me dis que je dois le faire.  J’arrête me grayé d’un grand café extra-espresso.
Quelques heures plus tard, le soleil se lève et j’suis rendue à Montmagny. Un premier arrêt essence et déjà, je sens l’odeur du fleuve. C’est fou mais, l’odeur de l’eau salé était si présente que j’me sentais déjà loin, même si j’étais qu’à un tier de mon parcours. J’avais rempli mon cellulaire de musique de toute sorte, mais surtout de vieux rock et vieux punk que j’écoutais au secondaire. J’ai pris un malin plaisir à chanter-voir hurler- à tue-tête des paroles qui avait été absentes de mon répertoire musical depuis plusieurs années. La route défilait, tout allait bien. J’ai continué vers Rimouski pour aller déjeuner avec mon amie Fanny, question de prendre un peu de temps de repos entre la route. Par la suite, je savais que j’entamerais mon dernier long moment de route, en prenant la 132. Premier arrêt symbolique, Sainte-Flavie, au centre d’arts Marcel Gagnon. Cet endroit, avec ses sculptures originales symbolisent une bonne partie de mes souvenirs d’enfance. Les arrêts où Maman jasait avec les gens sur le travail de l’artiste alors que Papa avait juste hâte qu’on arrive. 14087388_10154504618183338_780562999_o
La 132 Est est une route qui longe le bord de la mer, pis sur un temps, pas à peu près. C’est d’immenses collines qui se défilent, les unes après les autres, laissant place à de petits villages animés, près des rives. Sans blague, ces paysages là, font partie des plus belles choses que les yeux puissent voir. La grandiosité de cette route m’a laissé m’émouvoir un brin. J’avais les yeux pleins d’eau, j’me sentais petite et tellement fière de revoir ces paysages là avec moi uniquement comme spectateur de ce moment. Un moment égoïste et unique. Continuant sur la 132, après quelques heures, j’ai choisi de prendre un short-cut pour me rendre plus rapidement à Gaspé. Jésabel m’attendait pour l’heure du souper et l’après-midi avait défilée dans l’temps d’le dire. C’est sur une route sinueuse, traversant les chics-chocs et les immenses montagnes que je me lança. Pour être ben honnête, c’était super beau, mais j’avais aussi vraiment la chienne de frapper un orignal. Ce chemin étant réputé comme LE spot à orignal, j’étais inquiète que ça m’arrive. Finalement, pas d’traces d’un moindre animal, mais des arbres, des éoliennes et des montagnes à perte de vue.

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Café des artistes – Gaspé

18h15, j’arrive finalement à Gaspé. J’suis littéralement brulée. Même si la route seule était agréable, j’dois avouer qu’elle était drainante. On grignote un truc, on regarde une prestation de percussions dans la rue et j’tombe endormie à notre retour à l’appartement. Les 3 jours passés à Gaspé se parsèment de moments chouettes. L’essai d’un petit café, promenade sur les grives, découverte d’un endroit pour le projet de mon amie, souper à Percé suivi d’un dodo dans la mini-van sur la pointe d’une falaise, déjeuner délicieux au café des couleurs, excursion en montagne pour découvrir la rivière aux émeraudes, session de paddle-board en mer ( avec un phoque à 5 pieds de moi – wouahhh ), un souper entre amis, et voilà que c’est déjà fini.

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Café de l’atlantique à Percé – délicieux

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Café des couleurs – Barachois

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la fameuse rivière-aux-émeraudes – MAGIQUE

Après une bonne nuit de sommeil, je décide de quitter matinalement, question d’être à Québec pour le souper, où j’y rejoindrai une amie. Je décide qu’aujourd’hui, je prendrai le chemin le plus long. J’ai envie de longer la mer, j’ai envie de revoir cette route paisible et surtout, j’ai envie de faire un arrêt qui me chicote. Le village de Rivière-Madeleine est en fait l’endroit où le trajet des vacances familiales aboutissait auparavant. Les parents qui y allaient depuis plus de 40 ans, s’y étaient fait de bons amis et y avaient trouver une dose de quiétude et de repos à chaque séjour. Le village est petit, constitué d’une population de 300 habitants, vieillissants de jours en jours. Dans le fond, y’a pas grand chose à faire là. Y’a une rue, quelques maisons, une marina et un casse-croute. Cependant, ce petit coin représente beaucoup à mes yeux. C’est un endroit où tous mes souvenirs d’étés ont pris forme étant fillette. Un endroit où j’pourrais me rendre les yeux fermés. 3 anses, constituées de plages, entre les immenses montagnes et une vue sur la mer assez incroyable. Quand j’suis arrivée, j’étais tellement émotive. C’était comme retrouver quelque chose qu’on avait laissé derrière et qu’on retrouvait par hasard. En toute honnêteté, je ne pensais pas retourner à cet endroit pour d’agréables raisons. Quand Maman m’avait appris avoir le cancer, elle m’avait bien fait comprendre que si le pire arrivait, elle voulait qu’on y disperse ses cendres là-bas, en haut de la falaise, près du chalet en bois rond appartenant à l’indien. Vous comprendrez que revoir cette falaise, en sachant qu’on a encore évité le pire, c’est triste, c’est lourd, mais ça soulage à la fois. Ma face était trempée de larmes, mais j’étais si heureuse à la fois. Continuant ma traversée de ce petit village qui s’étend sur 2 km, j’ai décidé de déjeuner à la cantine de la marina, là où j’avais tant trainé quand Papa partait en haute mer avec Benoit, son ami pêcheur local. Des oeufs brouillés et des toasts, me voilà, repartie pour la gloire.  14060146_10154504617833338_1414857343_o

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14074437_10154504617773338_1508600018_oLa route était belle sur mon retour. Gros soleil, une température pas trop chaude, mais certes bien plaisante pour ce retour vers Québec. Un arrêt à Matane pour un dernier lobster roll et puis l’arrivée dans la grande ville se fut comme bonjour! Un souper entre copines, un verre dans un bar chouette, dodo, déjeuner, retour à la maison.

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FOU Lobster Roll – Poissonerie & Bistro Boréalis

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Être partie loin d’ici, pendant quelques jours, fut certainement quelque chose de bénéfique pour ma petite personne. Permettre à mes yeux de revoir ces paysages là, me laissant à moi-seule, le temps de penser et de pas penser aussi, fut un beau cadeau à ma tête. Si vous désirez partir seule, faites-le. L’expérience est folle et elle en vaut tellement la peine. J’suis en quelque sorte fière d’avoir été capable de me faire plaisir, sans avoir besoin des autres. Vous, vous partiriez où? signature

 

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