Au revoir Maman.

Je sais pas comment je dois m’sentir. On est début mai, il fait pas beau, pas chaud non plus. Les oiseaux chantent par contre, ils chantent, mais moi, j’ai du mal à les entendre. J’pense trop ou j’pense à rien. Pis quand j’pense trop, j’ai mal à tête, mes joues bouillent et les larmes coulent. J’suis bien dans le noir. Au moment où j’écris ces lignes là, j’suis plongé dans l’obscurité envahissant ma cuisine, y’est 19h55. Aujourd’hui, le 9 mai, c’était une journée horrible.

20526704_10155725346448338_676523322_n
Ces temps-ci, c’est dure. Avec tout ce qui se passe autour de moi, mon agenda se rempli rapidement par événements, sorties ou activités avec les amies. J’suis prise dans un ouragan de projets et de bonnes nouvelles, j’aime ça, mais j’vois pas toujours le temps passer. Ça fait 5 mois que la dure période des fêtes est passée. Déjà 5 mois. Période qui fut drainante pour moi. Période où ma mère a rechuté. La fameuse maladie qui l’habitait s’faisait plaisir à nous dire qu’elle était toujours là, plus forte que jamais. En 4 ans de traitements constants, de changements d’états de santé, d’espoir que ça va aller mieux, ça avait frappé plus fort juste pour faire plus de tort. Son étât de femme atteinte par le cancer était quelque chose de pénible à vivre pour elle. Je sais, je l’ai vu. Mais j’avais toujours l’espoir que ça irait, qu’elle remonterait la pente, comme elle l’avait fait à plusieurs reprises. Étant atteinte d’un petit monstre incurable, elle avait appris à être forte et à composer avec tout ce que ça amenait, le fait d’être une malade qui guérirait pas.

Depuis quelques années, notre relation s’est effrité. Je l’aime, vous posez même pas la question. Elle m’aime aussi. Mais on s’aime mal. On a de la misère à se comprendre, on s’hurle après, on laisse le temps passé, on vit d’autres beaux moments, pis la roue tourne. Ça fait plus de 6 ans que c’est ainsi. L’affaire c’est qu’en étant malade et en ayant des petits monstres qui tourne autour de la région du cerveau, l’agressivité d’ma mère était à un point pénible. Y’a des médecins sérieux qui ont fait des études, les mêmes genre d’études qui font sur le cancer depuis plus de 100 ans mais qui trouvent rien pour l’guérir comme par hasard, qui ont prouvé que les petits monstres au cerveau, ça intensifiaient les réactions agressives des patients. Well, les réactions, on y’a goûté au toast. À un certain moment, j’avais presque plus envie d’parler à ma mère. J’avais décidé de me distancer. J’avais pris comme seul et unique repère, mon papa. C’était lui que j’appelais pour annoncer les bonnes nouvelles ( genre mes collabos avec des marques de makeup, pis y’avait l’air ben fier même s’il avait ben aucune criss d’idée c’est quoi un highlight ) , et j’voyais bien qu’il fesait des efforts constamment pour entretenir de plus grandes conversations qu’à l’habitude. Y s’disait surement que j’avais besoin de support pis qu’il était capable de fournir en masse. P’pa, merci pour ça.

Ce matin, à peine quelques minutes après m’être réveillé, j’ai reçu un appel de ma mère, elle voulait me voir. Pas dans 5 minutes, pas plus tard, là là. C’est la trouvant en pleurs dans la cuisine que j’ai compris que quelques chose n’allait pas. Était à table, assise avec sa peur pis ses cahiers. Dans ceux-ci, comment à voulait que ça s’passe quand ce serait fini. L’église, la chanson, l’endroit où on la laisserait. Elle mange plus, elle pèse 94 livres, est fatiguée, est drainée. Pis c’est à ce moment là que j’me rends compte que c’est surement bientôt la fin. On a vraiment cette discussion. Elle note le nom de gens qu’elle aime, à qui elle laisse un bouquin, un tableau. Elle m’indique qu’elle a noté un prix sur toutes les antiquités dans la maison en m’disant que ce sera pour me gâter, m’acheter l’sac à main ou le nouvel ordi que j’veux. J’ai pas envie d’entendre ça, j’ai pas envie d’être là. Moi qui m’sentait si loin, pis qui était sur le point dm’éloigner d’elle, me voilà qui était agrippé à son cou, à pleurer à chaudes larmes. J’sais pas comment m’sentir, j’suis tu réellement assez forte pour vivre ça. Pis j’essaie de comprendre comment elle a assez de force pour m’dire ça en pleine face à moi, son bébé, comme elle aime m’appeler. Comment elle a assez de force pour penser à autre chose qu’à la peur de partir dans un instant ou dans un moment plus loin. Elle s’excuse de m’faire vivre ça. Elle s’excuse de m’mettre dans cet état là. En m’berçant, elle me dit que ça va aller, que j’ai pas à m’inquiéter. Pis elle me dit « Ely, j’te le dis, la vie c’est court. » .

20562732_10155725346583338_1320720147_n-2

J’suis encore dans ma cuisine, à écrire. Écrire, parce que comme d’habitude, c’est la seule façon que le mauvais sort. J’écris et de plus en plus, j’entends les oiseaux chanter. J’pleure pis j’sais pas si j’vais partager ça ce texte là, parce que j’haïs ça parler de ça. On verra. Pour le moment j’me sens mieux, j’suis pas sure que ce soit correct, mais ça va comme ça.

***

On est à la fin Juillet. M’man nous a quitté le 8 au matin. Un matin d’orages violents, des coups de tonnerre qui font peur, des grondements puissants, m’donnant le goût de me cacher dans le fond du lit et de jamais y sortir. Un coup de fil de papa, en pleurs, m’annonçant la nouvelle. Elle est partie.

On a fait entrer Maman à l’hôpital quelques jours après son 64e anniversaire, alors qu’elle avait chuté. Moi qui pensait que c’était seulement une badluck, un pied qui se mêle dans l’autre comme ça aurait pu arriver à n’importe qui, j’avais confiance que ça allait bien aller. Ça finissait toujours pas passer. Maman était forte, pourquoi maintenant ça serait différent. C’est dans une minuscule chambre d’hopital que le Doc nous annonce que la fin approchera bientôt. Bon reality check. Mes espoirs que ce soit comme d’habitude, qu’un boutte roff, s’effritent d’un coup. J’ai peur, je sais pas quoi faire, j’ai de la peine pis j’me dis ça devait pas se passer comme ça. On fait la demande pour les soins palliatifs.

2 semaines et quelques jours s’écoulent entre l’admission de Maman à l’hopital et son décès aux soins. 2 semaines à être épuisée, à retenir un moton de sentiments inexplicables, à pas trop savoir quoi dire ou quoi faire pour rendre ça correct.  Pis finalement à comprendre que même si c’est pas correct, c’est ok aussi. J’suis triste que ça se soit passé comme ça. Voir quelqu’un qu’on aime, souffrir, c’est certainement la pire chose. J’ai tellement voulu qu’elle parte dans son sommeil, juste fatiguée de ce que la vie lui avait affligé. On a pas toujours ce qu’on veut faut croire. C’est après m’avoir serré contre elle, qu’elle a plongé dans le coma pendant 5 jours, et est partie avec le sourire au visage.

Je crois que parfois, les gens ont beaucoup de force, mais que cette force peut être épuisable. J’crois que l’absence de la vie, dans ce cas ci, est un soulagement. Savoir que Maman est probablement mieux là-bas, m’apaise énormément. Même chose pour Papa. On dirait que malgré l’annonce d’une mort, un espoir d’une vie plus heureuse, différente de ce qui planait depuis 4 ans, est revenu à la maison. On parle d’elle en souriant, sachant très bien qu’elle n’est pas loin.

J’ai recommencé à écrire depuis hier. Ça me fait du bien. Voir mon monde aussi. Ça fait passer les petits moments de tristesse plus facilement. Être forte fait partie de moi, mais le jour où j’en serai plus capable, ça sera correct. J’me l’accorde. Pour le moment, j’essaie du mieux que je peux de continuer à créer cette vie que j’voulais tant. Celle que j’avais tracé avec les conseils de Maman. Drôlement, je reconnais qu’avec l’adieu du mois de mai, c’est plus facile à vivre. J’lui en avait donc ben voulu, de me faire vivre ça, un au revoir alors qu’elle était encore là. Pourtant, je suis capable de dire aujourd’hui que c’est un des plus beaux cadeaux qu’elle m’ai fait.

Merci d’avoir peins des sourires colorés sur nos visages tristes et inquiets lors des quatre dernières années.

Je t’aime

signature

Comments

comments